La biodiversité et l’engagement citoyen

Zeynep Torun, Candidate à la maitrise en sciences de la gestion, ESG UQAM

Nous vivons actuellement la sixième crise d’extinction de la biodiversité.

Depuis les années 2010, les individus s’intéressent davantage aux enjeux amenés par les changements climatiques et les conséquences qui en découlent, dont la perte de la biodiversité. Mais qu’est-ce que c’est la biodiversité ? Selon la définition de Wilson (1993), c’est la mesure de l’ensemble des espèces animales et végétales dans un espace donné. Il est possible de « l’appréhender à de différents niveaux du vivant ainsi qu’à des échelles géographiques et à des périodes diversifiées » (Brahic et Terreaux, 2019 cités dans El Jai et Pruneau, 2015).

Lorsque l’on cherche sur internet la question : « comment protéger la biodiversité? », il est possible de tomber sur de nombreux sites internet qui nous donnent des solutions faciles et applicables à partir de chez nous comme de naturaliser la pelouse, de mettre des nichoirs aux oiseaux, de limiter l’utilisation des produits chimiques, de planter des espèces indigènes, de créer de nouvelles zones protégées, etc. (Environnement et Changement climatique Canada, 2021 ; Pagano, 2020) La plupart de ces conseils constituent des petites astuces que nous pouvons appliquer dans notre quotidien, mais sont-elles efficaces pour protéger la biodiversité? En tant que citoyen.ne.s, sans l’appui de l’État ou sans une organisation rejoignant de plus grands groupes, nous sommes limités dans les actions que nous pouvons faire pour la préservation de la biodiversité et pour la lutte contre les changements climatiques. Par exemple, sans avoir le soutien de l’État ou des gouvernements, il est très difficile d’établir une nouvelle zone protégée. Certes, il existe des exemples qui défient la norme, comme l’achat de 2,6 kilomètres carrés de terres en Colombie-Britannique par l’organisme Conservation de la nature Canada dans le but de protéger la faune qui se retrouve au sein de ce corridor écologique important (Elboujdaïni, 2020).

Depuis plusieurs années, les citoyen.ne.s tentent de s’organiser pour lutter contre les changements climatiques et on assiste à de plus en plus de mouvements, de projets et de protestations qui ont pour but de préserver la biodiversité à la fois dans le milieu urbain et rural. Certes, dans nos démocraties délibératives actuelles, les scientifiques, les élu.es et les acteur.trice.s socioéconomiques occupe une place de premier plan dans les discussions. Néanmoins, ce sont les citoyen.ne.s qui sont en lien direct la biodiversité, c’est pourquoi ils et elles méritent également leur place dans les prises de décisions (Venne, 2012). De son côté, l’État a le devoir de créer des conditions favorables pour soutenir et encourager les comportements responsables. De cette manière, les citoyen.ne.s possèdent les outils nécessaires à la réalisation des changements qu’ils veulent accomplir. Malgré la coupure entre la société moderne et la nature – selon les données de la Banque mondiale, 70% de la population mondiale va vivre dans un milieu urbain en 2050 (Banque mondiale, 2022) – les citoyen.ne.s restent plus vigilants concernant la conversation de leurs milieux de vie (Venne, 2012). C’est pourquoi nous allons discuter d’exemples d’actions citoyennes qui ont été prises au Québec.

Dans le milieu rural, on retrouve plusieurs regroupements de citoyen.ne.s qui ont décidé de ne plus attendre les gouvernements pour passer à l’action. Au mont Pinacle, à la suite d’un grand projet de centre de ski, de golf et de condos à la fin des années 1980, les citoyen.ne.s de la région ont décidé de créer une fiducie foncière qui leur a donné les moyens nécessaires pour la protection des patrimoines naturels grâce au statut d’une organisation charitable qui leur permet d’amasser des fonds pour acheter des terres (Waridel, 2020). Grâce à cette fiducie, les citoyen.ne.s peuvent négocier des servitudes de conservations sur les propriétés privées avoisinantes dans l’objectif de maintenir, restaurer et préserver la faune naturelle de la région (Waridel, 2020). À la suite de la création de cette fiducie, on a vu apparaitre de nombreuses fiducies foncières partout dans la province.

Il est également possible de trouver d’autres organisations sans but lucratif œuvrant à la conservation des milieux naturels comme Corridor appalachien, la Fondation de la faune, Conservation de la nature Canada, Nature Québec, Nature-Action, le Réseau des milieux naturels protégés, Canards illimités (Waridel, 2020). Ce type d’engagement citoyen démontre bien la volonté des individus à la préservation du patrimoine naturel, mais aussi la défaillance de l’État face à la protection de la biodiversité.

Un autre exemple provenant du milieu urbain est le Champs des possibles se trouvant dans le quartier Mile-End de Montréal, qui incarne ce que peut être un projet communautaire innovant. Le groupe, composé de biologistes, d’artistes, d’horticulteur.trice.s et d’autres personnes concernées par l’écologie et le design, se regroupent pour protéger la biodiversité dans le milieu urbain sur les terrains abandonnés (Amis du Champs des possibles, 2022). Ce terrain, occupé jusqu’à la fin des années 1980 par le Canadien Pacifique, avait été laissé en friche. En 2007, Emily Rose Michaud, une résidente du quartier, a créé un projet artistique pour montrer les menaces d’un possible développement immobilier (Paré, 2013). En 2009, cet espace a été acheté par la Ville et a été confié aux résident.e.s du quartier. À la suite de cette mobilisation, une association a été créée à la fois pour protéger et pour gérer ce petit espace de nature en pleine ville. Selon les estimations des biologistes urbain.es, ce petit terrain au milieu d’un quartier industriel accueille environ 300 espèces animales et végétales. Sans l’engagement des citoyen.ne.s, la réalisation de ce projet n’aurait pas été possible.

Les exemples que nous avons donnés dans ce court article démontrent l’importance de l’engament citoyen dans la protection et la conservation de la biodiversité. C’est la raison pour laquelle les membres des communautés méritent une place plus importante dans les débats publics.


Références

Amis du champ des possibles. (2022). À propos. Amis du champ des possibles. https://champdespossibles.org/a-propos/

Banque mondiale. (2022). Développement urbain. World Bank. https://www.banquemondiale.org/fr/topic/urbandevelopment/overview

Brahic, É. et Terreaux, J.-P. (2009). Évaluation économique de la biodiversité. Éditions Quæ. https://doi.org/10.3917/quae.brahi.2009.01

El Jai, B. et Pruneau, D. (2015). Favoriser la restauration de la biodiversité en milieu urbain : les facteurs de réussite dans le cadre de quatre projets de restauration. VertigO : la revue électronique en sciences de l’environnement, 15(3). https://www.erudit.org/en/journals/vertigo/1900-v1-n1-vertigo02438/1035880ar/abstract/

Elboujdaïni, A. (2020, 5 juin). Un organisme environnemental achète un terrain britanno-colombien pour le protéger. Radio-Canada.ca. https://ici.radiocanada. ca/nouvelle/1709575/canal-flats-aire-protection-blaireau-pic-lewis

Environnement et Changement climatique Canada. (2021, 29 juillet). Protégez la biodiversité à la maison – Défi de protection de la nature. https://www.canada.ca/fr/environnement-changementclimatique/
services/patrimoine-naturel/activites/protegez-biodiversitemaison.html

Pagano, A. (2020, 15 décembre). Biodiversité: quelques solutions pour la protéger. SILO. https://silogora.org/biodiversite-quelques-solutions-pour-la-proteger/

Paré, I. (2013, 23 mai). Petite révolution urbaine à Montréal : le Champ des possibles — un non-parc ? Le Devoir. https://www.ledevoir.com/opinion/blogues/le-blogueurbain/378865/petite-revolution-urbaine-a-montreal-le-champs-des-possiblesun-non-parc

Venne, M. (2012). Les citoyens, la biodiversité et le pouvoir. La Lettre de l’OCIM. Musées, Patrimoine et Culture scientifiques et techniques, (144), 60‑66. https://doi.org/10.4000/ocim.1147

Waridel, L. (2020, 16 septembre). Citoyens et citoyennes à la rescousse de la biodiversité, l’exemple de la Fiducie foncière du Mont-Pinacle. Le Journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2020/09/16/citoyens-etcitoyennes-a-la-rescousse-de-la-biodiversite-lexemple-de-la-fiducie-foncieredu-mont-pinacle


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