Colloque AQPER2020 : Le pouvoir des énergies renouvelables

Fabienne Rioux-Gobeil, Candidate à la maitrise en sciences de l’environnement, ISE, UQAM.

Compte rendu : Le troisième colloque de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER) a eu lieu les 5 et 6 février derniers et s’articulait autour du thème Le pouvoir des énergies renouvelables. Divers acteurs de la transition énergétique étaient de la partie pour présenter leur projet, leur organisme et/ou partager leurs constats quant à l’atteinte des objectifs de diminution de gaz à effet de serre (GES). La session 2020 relevait d’une importance particulière, dans le sens où elle devait aider Hydro-Québec à se repositionner quant à de nouveaux moyens d’approvisionnement en électricité d’ici 2021. Grâce à des conférenciers venant de la Colombie-Britannique, de la France et du Danemark, le colloque de l’AQPER fut aussi l’occasion de découvrir ce qui se fait ailleurs en ce qui a trait au développement des différentes filières d’énergies renouvelables.

Discours d’ouverture

Mercredi matin, le colloque a été lancé par Jonathan Julien, le ministre de l’Énergie et des Ressources Naturelles du Québec qui nous a présenté un discours d’ouverture des plus optimistes. Il nous assurait que l’objectif de réduction de 37,5% de GES, à partir de 1990 jusqu’à 2030, est réalisable. Pour y arriver, le fer de lance du gouvernement caquiste est la mobilité durable ; 1 million de véhicules électriques sont attendus sur les routes du Québec à l’horizon 2030. Il explique qu’on doit pouvoir valoriser au maximum l’énergie que l’on retrouve sur le territoire québécois et exploiter la ressource minière en vue de développer les technologies d’énergies renouvelables. Enfin, pour Julien, les filières Hydrogène et Gaz Naturel Renouvelable sont « l’avenir » ! C’est effectivement cette conclusion qui se dessinera à mesure que le colloque avancera.

1. L’impact des récents changements législatifs sur le développement de projets

Le directeur régional sénior d’EDF Renouvelables, Alex Couture, animait le panel réunissant deux spécialistes de la question législative relative au développement de projets : Julie Belley Perron, avocate associée chez Borden Ladner Gervais et Martin Lavoie, biologiste et directeur de bureau pour BBA, une firme de consultants en ingénierie. Ces derniers ont donc discuté des derniers changements en termes de règles environnementales qui sont susceptibles d’influencer les projets développés aux niveaux provincial et fédéral. En 2018, le système de compensation des milieux humides a été modifié dans le but d’alléger le fardeau règlementaire. Lavoie explique que le régime de compensation précédent suivait un principe de gouvernance multi-législatif (Loi sur la qualité de l’environnement, Loi sur la conservation du patrimoine, Loi sur l’eau et Loi sur l’aménagement et l’urbanisme) et multi-niveaux (municipal, provincial et fédéral). Ceci étant dit, la modernisation de la Loi sur l’environnement formule un seul règlement pour encadrer trois niveaux de compensation. Depuis son entrée en vigueur, le Règlement sur la compensation pour l’atteinte aux milieux humides et hydriques est problématique pour la plupart des promoteurs. Essentiellement, la compensation financière dépendra du niveau de dégradation du milieu ; c’est donc au promoteur de s’assurer qu’il n’y ait pas de perte nette d’habitat. À titre d’exemple, plusieurs estimeront qu’il sera plus rentable d’implanter un projet en milieu dégradé pour que la différence avant-après soit moindre et donc, que la compensation le soit aussi. Pour Belley-Perron, « on est devenu moins efficace en essayant de l’être plus ». L’avocate associée estime que le déséquilibre est trop grand entre la protection de l’environnement et le régime de compensation, ce qui aurait pour effet de freiner le développement de projets. Un équilibre doit certes être trouvé, tout en ne reculant pas sur les avancées législatives en termes de protection de l’environnement.   

2. Le BAPE dans la marche du Québec vers un développement durable

Ce panel, animé par Marjolaine Castonguay, présidente-directrice générale de PESCA Environnement, fut une suite intéressante au panel précédent. Le président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), Monsieur Philippe Bourke, y a présenté les fondements et la mission du BAPE, puis a élaboré sur la manière dont les changements législatifs récents ont pu affecter les processus de consultation et de participation citoyenne. L’une des nouvelles dispositions législatives concerne le registre des évaluations environnementales. Tel que nous le rappelle Bourke, une étape d’information doit précéder celle de consultation ; « consulter des gens qui ne sont pas informés devient un débat d’opinion ». Le citoyen a donc désormais accès au registre d’évaluations environnementales dès le début d’une enquête. Lorsque l’un des auditeurs demande si les changements législatifs ont augmenté la participation du public, le président du BAPE répondra : « c’est une chose d’engager plus de citoyens dans le processus, mais il faut aussi en améliorer la qualité ». Il donne l’exemple de la proportion femme/homme dans les audiences qui est encore loin d’être représentative de la population québécoise. Enfin, tel qu’abordé dans le panel précédent, la relation entre les promoteurs de projets et la règlementation environnementale est parfois problématique. Bourke conseille aux entreprises qui appréhendent les audiences publiques en environnement de plutôt voir le BAPE comme une tribune inespérée leur permettant de faire connaître leur projet au public.      

3. L’hydrogène vert – clé de voûte de la transition énergétique ?

Dans ce panel animé par Patrice Mangin, professeur titulaire de la Chaire bioéconomie-bioénergie à l’UQTR, le rôle de l’Hydrogène dans la transition énergétique a été discuté par trois panélistes : Philippe Tanguy, directeur général de Polytechnique Montréal, Laurent-Charles Théry, vice-président sénior au développement des affaires internationales de GRTgaz et Guy Gensey, du Ministry of Energy and Mines de la Colombie-Britannique. D’abord, Gensey a fait un court résumé d’où en est la Colombie-Britannique dans le développement de la filière H2. Une étude exploratoire a été complétée à la fin de l’année 2019 leur permettant de viser jusqu’à 31% d’H2 injecté dans la balance de gaz naturel renouvelable (GNR) à l’horizon 2050. Pour Gensey, l’atteinte de cet objectif serait facilitée par une révision de la définition du GNR, ce qui permettrait potentiellement d’injecter le gaz dans les pipelines existants. Il explique que l’emplacement géographique de la Colombie-Britannique représente actuellement un défi quant à l’approvisionnement en GNR. Au Québec, le scénario sur la demande en consommation d’H2 est très optimiste : 500 000 000 de tonnes en 2050. Le développement de la filière sera accéléré par la chute des prix des électrolyseurs qui devrait se diviser par deux dans les dix prochaines années. Produire de l’électricité grâce à l’H2 n’est donc plus qu’une utopie, c’est une filière rentable. Pour Tanguy et Théry, l’hydrogène n’est ni plus ni moins que le vecteur clé de la transition énergétique. C’est pourquoi ils n’arrivent pas à s’expliquer comment le Québec peut choisir de vendre ses électrons aux États du Nord-Est des États-Unis au lieu de les utiliser dans la filière H2. Effectivement, l’hydraulique et le fil de l’eau représentent l’un des meilleurs moyens de produire de l’hydrogène « vert » et de stocker l’énergie. Heureusement, Tanguy vient relativiser cette solution qui paraissait presque trop bonne pour être vraie : tout décarboner grâce à l’H2 et le fil de l’eau nécessiterait six fois le complexe de la Romaine. 

4. Gaz naturel renouvelable : moteur d’une économie circulaire

Le sujet du Gaz Naturel Renouvelable est revenu dans la majorité des présentations, que ce soit pour discuter de la production d’H2, de biométhane ou de biocarburant. Le directeur-adjoint de la ville de Québec, Gilles Dufour ainsi que la co-directrice générale et le président, Josée Chicoine et Urs Studhalter, de la Coop Agri-Énergie Warwick, étaient présents à la deuxième journée du colloque pour présenter leurs projets de biométhaniseurs respectifs. Dufour a présenté les détails du projet d’unité de biométhanisation de la ville de Québec. Celle-ci permettra la valorisation de 86 000 tonnes/an de matières organiques et de 96 000 tonnes/an de boues municipales. Lors des assemblées publiques organisées par la ville de Québec, les citoyens ont pu exprimer leurs inquiétudes quant à l’émanation d’odeurs, à l’augmentation du trafic routier ainsi qu’à l’emplacement de l’incinérateur sur le territoire. Dufour retient quelques incompréhensions de la part du public qu’il tient à clarifier : le biométhane est un gaz naturel renouvelable qui ne provient pas des énergies fossiles et le digestat n’est pas tout-à-fait comme le composte ; il est le produit d’un processus de fermentation certes, mais une fermentation anaérobique. L’unité de méthanisation de la Coop agricole de Warwick intégrera plutôt des résidus agricoles et des effluents d’élevage dans le biométhaniseur. Elle sera la première coop agricole responsable de la production d’énergies renouvelables au Québec. Il est prévu que l’unité de méthanisation produira jusqu’à 2,3 millions m3 de GNR par année, ce qui devrait réduire de 6500 tonnes/an les émissions de CO2. Selon Chicoine, l’acceptabilité sociale du projet est sans doute facilitée lorsque les gens savent d’où les intrants proviennent ; de cette manière, ils savent quelle matière est épandue sur les champs agricoles d’où provient leur nourriture et ils sont heureux d’encourager l’économie locale. Dans les deux cas, le biométhane produit sera injecté dans le réseau de GNR d’Énergir et sera distribué partout au Québec.

Dîner de clôture

Le mot de la fin fut donné par le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, qui a chaleureusement remercié tous les participants de leur présence. Une période de questions dirigée à l’intention du ministre a suivi. Une étudiante venue du Costa Rica pour faire sa maitrise en génie chimique à l’UQTR s’étonnait de voir de vieux véhicules à haut taux d’émissions de GES sur les routes du Québec. Le Costa Rica, champion en termes de consommation d’énergies renouvelables (98,5%), aurait imposé des tests sur les vieilles voitures qui carburent principalement au diesel afin de calculer la quantité de CO2 émise et d’ainsi faciliter le respect des normes d’émission. Le ministre lui répond qu’il n’y a, pour le moment, rien de semblable au Québec. La norme d’émission maximale de GES de la province s’applique plutôt aux nouveaux modèles de véhicules sortis à partir de 2009 et ne concerne que les gros constructeurs automobiles. Enfin, se comparer avec d’autres pays donne certainement de belles idées en vue de mettre en marche une transition énergétique qui soit des plus efficaces. À la lumière de toutes les brillantes présentations données par les conférenciers, il est clair que les technologies permettant d’atteindre la neutralité carbone existent, mais que la poussée législative qui pourrait réellement activer le mouvement est encore trop timide.